mercredi 1 février 2017

Retour au Bénin

 Nous avons déjà vu l'art du Bénin présenté par Colette Noll , je poursuis aujourd'hui  avec la lecture de la présentation d'Ekpo Eyo qui aborde l'historique de ces découvertes et les questions posées pour la restitution ou le prêt  d'au moins quelques oeuvres de la part des musées occidentaux à leur pays d'origine.
Bien évidemment j'ai voulu savoir ce qu'il en était depuis la rédaction de cet article en 1984.
J'ai trouvé une demande de restitution du Bénin au Musée du Quai Branly en 2016 sans que la réponse ne soit donnée.

http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2013/gay_a/pdf/gay_a.pdf

Mais les événements tragiques  de 1897, concernent plutôt la Grande Bretagne comme vous allez pouvoir le lire.

76.- Tête de Reine-Mère. Début du XV ème s (première période) 
                                     Bronze h.51 cm. Bénin. National Museum Lagos.
 Capitale des peuples qui parlent Edo, la cité de Bénin est située à 110 km environ au sud d'Owo et à 190 km environ au sud-est d'Ifé.
Cette magnifique Reine- Mère est une des têtes en bronze les plus réputées du Bénin.
On raconte que l'Oba Esigie (qui régna jusqu'en 1550 environ) fut le premier à en conférer le titre à sa mère, Idia, et que depuis, chaque Oba ou roi le confère à sa propre mère trois ans après son accession au trône.
C'est sous le règne d'Esigie que, grâce au négoce avec les Portugais, ce métal devint disponible pour la première fois, ce qui semble avoir amené les artistes à inventer de nouvelles formes artistiques.

77.- Tête Commémorative XV ème - XVI ème ( prmière période)
                                        Bronze h 21 cm Bénin National Museum de Lagos

 Selon la tradition orale la technique du bronze fut introduite à Bénin depuis Ifé vers la fin du XIV ème siècle, mais une tradition artistique y était déjà établie, comme en témoigne le style typique de Bénin de cette ancienne tête commémorative d'Oba.
On a toujours produit des têtes commémoratives en bronze durant toute l'histoire de Bénin, mais les plus anciennes, dont celle-ci constitue un bel exemple, sont les plus naturalistes et les plus belles.
Toute la fonte du bronze et le travail de l'ivoire étaient au service de l'Oba, ce qui a fait de l'art de Bénin un art royal stricto sensu.

   "L'art de Bénin continua à évoluer jusqu'en 1897.
Cette année-là le vice-consul britannique, J.R Philips, envoya un messager à l'Oba pour lui annoncer qu'il avait l'intention de lui rendre visite.
En réponse, ce dernier le pria de reporter son voyage car il serait pris par la célébration de la cérémonie la plus importante de l'année, l'Igue, pendant laquelle le corps du souverain est sacré et transformé en divinité.
Cette cérémonie est destinée à assurer la continuité de la dynastie et la prospérité du royaume.
Philips décida de passer outre.
A l'insu de l'Oba, deux chefs organisèrent une embuscade et tuèrent tous les membres européens de l'expédition sauf deux et tous les porteurs .
Les deux survivants donnèrent l'alerte et une expédition navale fut montée très rapidement.
Horrifié par ce massacre et effrayé par les conséquences qu'il risquait d'impliquer, le roi de Bénin consulta l'oracle.
Celui-ci prophétisa que la ville serait détruite par la main d'hommes blancs.
Le peuple de Bénin devait prendre des mesures pour sauvegarder sa cité et offrit un certain nombre de sacrifices aux dieux afin de conjurer le désastre imminent.
Quand les soldats européens rentrèrent dans la cité et découvrirent toutes les victimes humaines, ils crurent  qu'il s'agissait de coutumes ordinaires de Bénin.
Après la reddition de la cité, ils s'emparèrent de quelque deux mille pièces rassemblées dans le Palais.
Le gouvernement britannique les liquida par la suite pour couvrir en partie les frais de l'expédition.
Le roi fut déposé et envoyé en exil.
Cette expédition punitive mit un terme à l'art traditionnel de Bénin.

 78.  Tête. Fin du XV ème début du XVIe siècle 
Terre cuite h.21 cm. Bénin. National Museum Lagos .
Les fondeurs de bronze avaient leurs quartiers dans la cité de Bénin.
Un autel fut érigé à la mémoire d'Igueghae, le fondeur de bronze qui aurait introduit l'art de la fonte du bronze à Bénin.
Sur cet autel, se trouvaient plusieurs têtes en terre cuite comme celle-ci, qui copie visiblement la précédente, sculptures avec des colliers autour du cou, et qui représentaint la coiffure plutôt que la couronne, comme ce fut ensuite le cas.

  "Plusieurs plaques emportées en Angleterre furent offertes au British Museum.
Un nombre encore plus grand de pièces fut mis en vente publique.
Certaines plaques furent ensuite revendues au National Museum de Lagos.
La grande majorité des oeuvres d'art de Bénin est disséminée dans les musées et les collections privées du monde entier.
Depuis la Deuxième guerre mondiale, le gouvernement du Nigeria s'efforce d'en récupérer le plus possible.



    "Bien qu'il détienne désormais la troisième collection au monde (après celles du British Museum et de Berlin) cela reste quantitativement peu pour un pays qui a produit une aussi grande accumulation d'oeuvres.
A l'occasion de l'inauguration du National Museum de Bénin, il y a quelques années, le Conseil International des Musées a lancé un appel dans son programme pour obtenir soit des prêts à long terme soit la restitution d'une ou deux oeuvres à la cité de Bénin, pour que le Musée puisse présenter les oeuvres de ses ancêtres."


  





80.- Statue en pied de messager. Bronze
 Entre le milieu et la fin du XVI e siècle.
 h. 63 cm.  Bénin. National Museum Lagos







Cette belle statue de bronze représente le messager royal qui portait les emblèmes d'autorité d'Ifé à Bénin au moment de l'accession au trône d'un nouveau roi.
D'après des sources portugaises, ces emblèmes comprenaient une coiffure en bronze, une croix et un bâton de commandement.
Après avoir exécuté cette mission, il recevait une croix à pendentif et devenait un homme libre.
Comme cette statue arbore apparemment les insignes de la royauté, on pourrait croire qu'elle représente le nouveau roi, mais les scarifications en moustaches de chat indiquent qu'il s'agissait d'un étranger, et donc probablement d'un esclave.

 http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Quatre-phases-d-evangelisation-en-Afrique-_NG_-2009-10-02-540050


 81.- Couple de léopards. Bénin. Bronze Milieu du XVI éme s. h.69 cm . N M L

On plaçait des léopards en bronze comme ce magnfique couple sur les autels des ancêtres du roi.
Ce sont des aquamaniles,  récipients d'eau remplis par le sommet de la tête et d'où l'eau pouvait sortir des narines lorsqu'elle était versée au cours des cérémonies.
L'Oba avait des léopards vivants à la cour et employait un gardien spécial pour s'en occuper.
De toute évidence les artistes de Bénin connaissaient bien leur sujet.
Leurs sculptures joignent au souci des détails bien observés comme les mâchoires menaçantes, la fourrure tachetée, les oreilles sur le qui-vive et les yeux perçants, un sens aiguisé du dessin d'ensemble.

" Malheureusement malgré l'adoption de cette résolution et la publication de l'appel, aucun pays du monde n'a réagi.
Le Bénin en est donc réduit à montrer des vestiges et des objets de seconde qualité, ainsi que des moulages en plâtre et des photographies de pièces qui lui ont pourtant appartenu autrefois.Le temps est peut-être venu de réexaminer les circonstances dans lesquelles ces oeuvres d'art ont été emportées de Bénin.
Les musées qui les ont acquises pourraient en prêter une ou deux.
Si l'on en recueillait ainsi de plusieurs sources, le Musée de Bénin serait peut-être en mesure de montrer les oeuvres de Bénin dans leur véritable contexte."

83.- Plaque montrant deux musiciens.
 Fin XVI e. s. h. 48,cm Bronze. Bénin  NML
 L'art de Bénin couvre cinq siècles environ et comprend quelques milliers de pièces.
Les historiens de l'art ont tenté de les dater en fonction de leur style, en deça et au-delà de la période moyenne définie.
On pense que cette période va de la fin du XVI ème à la plus grande partie du XVII ème siècle.
On a émis l'hypothèse que la forme rectangulaire des plaques, assez rare dans l'art africain sauf pour les portes sculptées, s'inspirait des images que les Bini avaient vues dans des livres européens.
Cet exemple montre deux musiciens dont l'un frappe sur une cloche en ivoire et l'autre secoue un hochet.


  84.- Plaque montrant deux hommes se balançant sur des cordes.
 Même descriptif.
Ces plaques étaient utilisées pour décorer les colonnes en bois qui soutenaient la toiture du palais de l'Oba.
On voit encore les trous dans lesquelles elles étaient clouées.
Beaucoup de plaques retracent des scènes de la vie de cour.
Celle-ci dépeint un moment de la fête nommé Isiokuo que l'on ne célèbre plus, et qui était un rituel de guerre en l'honneur du dieu Ogun.
Ce rituel comportait une danse acrobatique, l'Amufi, représentée sur cette plaque qui rappelle une guerre légendaire contre le ciel.
Trois ibis, oiseaux de malheur, sont perchés dans les branches de l'arbre.


 88.- Tabouret avec siège en forme de poissons de vase entrelacés.
XVI ème Bronze h 34 cm Bénin National Museum Lagos.
 Le poisson de vase est un symbole de royauté que l'on retrouve souvent dans l'art de Bénin.
Ce tabouret en bronze stylisé avec élégance se présente comme un siège fait de deux poissons de vase entrelacés reliès à une base circulaire par une colonne.
Leur forme aplatie et le dessin des barbillons, et des écailles donne une image extrordinaire de leur mouvement dans l'eau.





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